Il est 22 h 30 un mardi, et je suis debout dans l'allée centrale du marché de Gwangjang, une assiette de mayak gimbap dans une main, une bière à 3 000 wons dans l'autre, coincé entre une grand-mère qui coupe des légumes à une vitesse irréelle et un couple de touristes qui photographie tout. Autour de moi, ça crie, ça grésille, ça sent l'ail grillé et l'huile de sésame. Voilà ce que personne ne vous dit sur la cuisine de rue à Séoul : le meilleur repas de votre voyage coûtera moins de 5 euros, et vous le mangerez debout.
J'y suis retourné quatre fois en trois ans. J'ai mangé dans des stands sans nom, j'ai payé des plats à 2 000 wons comme à 20 000, et j'ai fait pas mal d'erreurs en chemin — dont une qui m'a coûté une soirée entière à tourner dans le mauvais quartier. Ce qui suit, c'est ce que j'aurais aimé qu'on me dise avant mon premier vol.
Points clés à retenir
- La street food de Séoul se concentre dans quelques marchés et ruelles précises — pas partout.
- Comptez 2 000 à 8 000 wons (1,50 à 6 €) par plat dans un stand de marché.
- Le marché de Gwangjang est le rendez-vous des mayak gimbap et des galettes de sarrasin.
- Beaucoup de stands ferment tôt : visez le créneau 11 h – 15 h ou 18 h – 22 h.
- Le cash reste roi dans les allées ; prévoyez des billets.
- Se tromper de quartier, c'est perdre deux heures. Choisissez votre marché avant de sortir.
Les meilleures adresses de cuisine de rue à Séoul, marché par marché
La question qu'on me pose le plus souvent, c'est : « mais où exactement ? » Parce qu'« allez manger de la street food à Séoul », ça ne veut rien dire. La ville fait 600 km². Voici les points d'ancrage qui valent réellement le déplacement.
Gwangjang : le cœur battant, mais venez préparé
Le marché de Gwangjang, à Jongno-gu, c'est l'endroit que tout le monde cite — et pour cause. L'allée centrale, celle des mayak gimbap (littéralement « gimbap narcotique », tant la sauce est addictive), est un couloir étroit bordé de comptoirs où l'on s'assoit sur des tabourets. Station de métro la plus proche : Jongno 5-ga, sortie 8.
Le rouleau de gimbap miniature, servi avec une sauce moutarde-soja, coûte autour de 3 000 wons la portion. À côté, les bindae-tteok, ces galettes de haricot mungo grillées, sont épaisses, croustillantes, et se paient au poids. Une galette généreuse : 5 000 à 8 000 wons.
Franchement, le piège de Gwangjang, ce n'est pas la qualité. C'est la foule. Le week-end, après 19 h, l'allée est tellement saturée que vous avancez au pas. Ma première visite, je suis parti au bout de vingt minutes, agacé. La deuxième fois, j'y suis allé un mardi à 11 h : même nourriture, moitié moins de monde, et j'ai pu discuter avec la vendeuse.
Myeongdong : la rue food qui ne dort jamais
Myeongdong, c'est la machine à touristes — et je le dis sans mépris. La ruelle principale, entre les boutiques de cosmétiques, se remplit dès 17 h de chariots ambulants. Ici, on vient pour le hotteok (crêpe fourrée au miel et aux noix, 2 000 wons), les brochettes de poulet épicé dak-kkochi, et les fameuses langoustines grillées géantes qui font lever tous les téléphones.
Soyons honnêtes : les prix y sont plus élevés qu'ailleurs — parfois 50 % de plus qu'un stand équivalent à Gwangjang. Et une partie des brochettes est réchauffée plutôt que fraîchement grillée. Mais pour une première soirée, c'est l'endroit idéal : lisible, dense, sans barrière de langue, ouvert tard.
Station : Myeongdong (ligne 4), sortie 6.
Tongin : l'idée la plus maligne de la ville
Ici, on sort des sentiers cités partout. Le marché de Tongin, côté ouest (station Gyeongbokgung, sortie 2, à dix minutes à pied), fonctionne sur un principe que je n'ai vu nulle part ailleurs : vous achetez un plateau d'anciennes pièces de monnaie coréennes (les yeopjeon) à l'entrée du Dosirak Café, et vous échangez ces jetons contre les plats que vous voulez, stand par stand.
Un lot de base coûte 5 000 wons et vous donne de quoi composer un vrai repas. Vous prenez un peu de kimchi ici, deux raviolis là, une pointe de riz gluant plus loin, et vous mangez votre plateau sur place.
C'est moins gras, plus varié, plus calme que Gwangjang. Le revers : les heures d'ouverture sont limitées (souvent jusqu'à 16 h), et tout est fermé le troisième dimanche du mois. J'ai fait l'erreur d'y débarquer à 17 h la première fois. Porte close.
| Marché | Station de métro | Budget repas complet | Ambiance | Créneau idéal |
|---|---|---|---|---|
| Gwangjang | Jongno 5-ga | 8 000 – 15 000 wons | Bruyante, locale | 11 h – 15 h |
| Myeongdong | Myeongdong | 10 000 – 20 000 wons | Touristique, festive | 18 h – 23 h |
| Tongin | Gyeongbokgung | 5 000 – 10 000 wons | Calme, familiale | 11 h – 16 h |
| Namdaemun | Hoehyeon | 6 000 – 12 000 wons | Populaire, dense | 10 h – 15 h |
Namdaemun : le plan B qui vaut le détour
Le marché de Namdaemun est surtout connu pour ses vêtements, mais ses allées intérieures cachent des stands de galchi jorim (raie braisée) et de kalguksu (nouilles coupées au couteau) qui font saliver les habitués. Station Hoehyeon, sortie 5.
Un bol de kalguksu dans un bouillon d'anchois bien chaud tourne autour de 6 000 wons. C'est le plat parfait pour un déjeuner rapide, assis sur un tabouret collé à un inconnu, dans une salle éclairée au néon.
Où manger pas cher à Séoul ?
Partout, à condition d'accepter de ne pas être assis confortablement. Le vrai pas cher, ce sont les marchés et les ruelles universitaires — pas les restaurants.
Quelques repères concrets, tirés de mes carnets :
- Gimbap dans une bunsik de quartier : 2 500 à 3 500 wons.
- Tteokbokki (gâteau de riz épicé) dans un stand : 3 000 wons la portion simple.
- Une assiette de mandu vapeur (raviolis) : 4 000 wons.
- Le Dosirak Café de Tongin pour un plateau entier : 5 000 wons.
Le budget total d'une soirée street food réussie, avec deux plats et une boisson, tourne autour de 10 000 wons — soit moins de 8 euros. C'est le rapport qualité-prix le plus favorable de toute l'Asie de l'Est, et je pèse mes mots.
Ce que j'aurais aimé savoir avant
Quatre visites m'ont appris quelques choses que les guides pratiques oublient de dire.
Les stands ne sont pas ouverts quand vous le pensez
On imagine que la street food de Séoul vit la nuit. Faux. Les marchés de quartier comme Tongin ou Namdaemun ferment souvent en fin d'après-midi. Les allées de Gwangjang tournent surtout midi et soir, avec un creux entre 15 h et 17 h. Si vous arrivez en plein creux, vous trouverez des rideaux de fer.
Mon conseil : choisissez deux créneaux — déjeuner (11 h 30 – 14 h) et dîner (18 h – 21 h) — et calez vos visites dessus.
Le cash, encore et toujours
Beaucoup de stands refusent la carte. Apple Pay, Samsung Pay, tout ce que vous voulez — ça ne les intéresse pas. Prévoyez au moins 50 000 wons en liquide dans votre poche avant de sortir. J'ai vu un couple se retrouver à devoir reposer une assiette déjà servie faute de billets.
Et si on est végétarien ?
C'est le point délicat. Le bouillon coréen contient souvent de la sauce de poisson ou du bœuf. Un tteokbokki peut sembler végétarien et ne pas l'être. La solution : viser les stands de bindae-tteok (galettes de légumineuses), les hotteok, et les étals qui vendent des jeon de légumes. Et demander, en montrant les ingrédients — le plus souvent, la vendeuse vous répondra honnêtement.
Le tofu grillé et les gimbap au concombre sont vos meilleurs alliés.
Ce qu'il vous reste à faire
La cuisine de rue à Séoul n'est pas un détour touristique. C'est le repas principal, le vrai. Vous y mettrez moins d'argent que dans un restaurant, vous y passerez souvent plus de temps, et vous en parlerez plus longtemps.
Le seul vrai conseil : ne cherchez pas l'adresse parfaite. Choisissez un marché, un créneau, un stand qui vous attire à l'œil, et asseyiez-vous. Le meilleur plat de votre voyage sera probablement celui que vous n'aviez pas prévu.
Et si vous tombez sur un comptoir de mayak gimbap sans file d'attente, ne réfléchissez pas. Prenez-le.